Le 1er novembre est sortie
la nouvelle mouture d'OpenBSD, le système d'exploitation se revendiquant comme l'un des plus sûrs du monde. Comme tous les 6 mois, son fondateur, Theo de Raadt, et l'équipe bénévole de développeurs qui l'entoure ont donc sorti une nouvelle version du système, téléchargeable librement sous la
licence BSD, qui apporte son lot de nouveautés.
Héritier d'Unix, il partage de nombreuses caractéristiques avec les distributions GNU/Linux, par exemple l'organisation des répertoires, la gestion des droits et nombreuses autres particularités propres à ce type de système d'exploitation. Cette nouvelle version apporte son lot de nouveautés, mais nous profiterons également de l'occasion pour présenter le système en lui-même.
Unix, BSD, un peu d'histoire
Unix est un système d'exploitation datant des années 70 et actuellement très peu utilisé, qui a inspiré nombre de successeurs. OpenBSD est un système appartenant à la famille dite des
Unix-like, c'est à dire, ressemblant à Unix, tout comme son cousin GNU/Linux, lequel bénéficie lui d'une plus grande notoriété auprès du grand public. Dans cette même famille on retrouve la confrérie des BSDs, à laquelle appartient OpenBSD. Si BSD est originaire de l'université de Berkeley en Californie (BSD signifie Berkeley Software Distribution), l'histoire a depuis fait son chemin et on se retrouve en 2008 avec 3 grands descendants : FreeBSD, NetBSD et OpenBSD. En 1995, à la suite de divergences d'opinions, Theo de Raadt décida de
forker NetBSD qui existait déjà, c'est-à-dire reprendre le projet en l'état pour prendre une autre direction, et ainsi lancer un nouveau système dont les objectifs différeraient assez significativement : OpenBSD était né.
Puffy, la mascotte du projetLes développeurs accordent une grande importance à la sécurité du système, et affirment auditer chaque ligne de code faisant partie de l'installation de base, c'est-à-dire chercher des vulnérabilités et pousser la recherche de la performance au maximum. Ainsi, en première page du site officiel, on peut lire que seules deux failles ont été découvertes dans le système de base, et ce en l'espace de 10 ans.
Par ailleurs, les licences jouent un rôle fondamental dans l'écosystème OpenBSD. La licence BSD (ça ne s'invente pas

) permet ainsi à tout un chacun non seulement d'étudier et de modifier le code source selon son loisir, mais surtout de pouvoir être utilisé puis redistribué sous une licence toute autre, propriétaire par exemple. Mac OS X, système d'exploitation développé par Apple, incorpore ainsi quantité de code sous licence BSD. Par opposition, la GPL, très en vogue dans les systèmes GNU/Linux oblige à redistribuer ce code sous cette même licence. Très tôt, les programmes GNU ont donc été réécrits puis distribués sous licence BSD, considérée comme plus libre. Étant basé sur Unix, il est donc quand même possible de faire tourner des programmes populaires sous GNU/Linux, que ce soit X11 le système de fenêtrage (permettant d'utiliser des programmes en fenêtres sur son écran), Apache le serveur web le plus populaire au monde, ou encore Gnome et KDE que présente M@teo21 dans
le cours officiel portant sur GNU/Linux.
Malgré la quantité de logiciels installables, OpenBSD est rarement adapté comme système de tous les jours permettant de lire ses mails ou écouter de la musique. Très utilisé comme pare-feu pour des réseaux larges, celui d'une université par exemple, il possède tous les atouts d'un système sûr, ses développeurs prenant cet aspect très au sérieux. OpenBSD n'a pas la réputation d'un OS facile à appréhender. Il s'adresse clairement à des personnes à leur aise dans un terminal, patientes et déterminées. L'installation à elle seule est largement rebutante et s'apparente à une installation d'une distribution GNU/Linux pour utilisateur averti, telle Gentoo ou Slackware.
Nouveautés de la version 4.4
Bien entendu, qui dit nouvelle version dit nouveaux logiciels. Sous OpenBSD, les logiciels sont disponibles sous forme de paquets binaires prêts à l'emploi ou sous forme de sources compilables via un système dit de "ports". Le projet suit un cycle de développement de 6 mois, tout comme certaines distributions GNU/Linux dont la désormais célèbre Ubuntu. Voyons donc ce que nous réserve OpenBSD 4.4 :
- De nouvelles plateformes matérielles sont désormais supportées, avec la notable apparition de certains processeurs utilisés dans des gammes de serveurs Sparc64, fabriqués par Sun Microsystems et très utilisés dans les entreprises. OpenBSD ayant la réputation d'un système avec une solidité à toute épreuve, il aurait été bizarre qu'on ne puisse l'utiliser dans des environnements où la fiabilité des installations est cruciale.
- Comme toujours, il y a apparition de drivers pour de nouveaux types de matériel, que ce soit des cartes Ethernet, wifi ou de simples améliorations de drivers déjà existants. Vu la position extrêmement ferme de la communauté concernant les logiciels non-libres, il est impensable de voir des drivers écrits par des entreprises et livrés sous forme binaire uniquement, que l'on trouve dans le noyau Linux par exemple (on parle de blobs). Le support du hardware récent en pâtit logiquement, mais se justifie par la possibilité d'auditer chaque ligne de code, laquelle assure un code de meilleure qualité. Notons l'apparition du support des modes sécurisés WPA et WPA-PSK pour certaines cartes Wi-Fi. L'absence d'un Wifi stable a longtemps découragé l'adaptation pour les ordinateurs portables, gageons que les choses évolueront petit à petit.
- Le serveur web Apache peut désormais être utilisé avec l'IPv6, protocole qui devrait à terme remplacer l'IPv4, actuellement plus répandu; pour faire face à l'augmentation de machines connectées à Internet.
- L'outil sysmerge permet désormais de mieux gérer les fichiers de configurations lors d'une upgrade à une version plus récente d'OpenBSD.
- Le célébrissime serveur et client OpenSSH, utilisé dans tous les Unix-like, passe en version 5.1, avec le support des chroot. Un chroot permet de changer le répertoire racine d'un utilisateur se connectant à la machine, généralement pour éviter qu'il aille fouiner là où il ne devrait pas. Il est maintenant très simple de chrooter un utilisateur SFTP - version sécurisé par SSH du protocole FTP - là où auparavant l'administrateur devait utiliser des bidouillages peu élégants ou se casser la tête pour poser des droits drastiques.
À noter que plus de 5000 paquets ont été pré-compilés et sont donc utilisables immédiatement pour l'architecture i386, la plus répandue sur les ordinateurs personnels ; et un petit peu moins pour amd64, l'équivalent 64 bits. On retrouve bien entendu tous les grands succès du monde du libre, comme le navigateur Firefox (3.0.1), la base de donnée MySQL (5.0.51), l'environnement de bureau KDE (3.5.9), etc. La
liste de changements est bien entendu disponible sur le site du projet.
Screenshots de l'environnement de bureau KDE (source) et de l'installation via la ligne de commande
Conclusion et ressources supplémentaires
OpenBSD est un système solide comme un roc et héritant de tous les avantages conférés par la grande famille Unix. Il a la réputation d'un OS peu accueillant au premier abord mais qui sait récompenser qui prend le temps de s'investir. À vrai dire, le fondateur et leader du projet Theo de Raadt contribue à lui seul au mythe : célèbre pour ses flots d'insultes sur les mailing lists et son très mauvais caractère, il est l'incarnation même du génie bourru intraitable et participe ainsi au folklore ambiant

Quoi qu'il en soit, le support matériel n'ayant jamais été aussi bon qu'aujourd'hui, le projet est plus que jamais abordable. Foncez !
Quelques liens intéressants pour la route :
Merci au Sieur Dobeule Iou Dji Aime Pidjipi pour ses conseils avisés.